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Transmettre le pouvoir : le défi des entreprises familiales

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EY, For Talents et le FBN France dévoilent leur seconde édition du Baromètre de la transmission des entreprises familiales, réalisé avec le support d’OpinionWay.


Les entreprises familiales constituent l’un des fondements de l’économie française. Elles représentent 71 % des entreprises en France, 69 % des emplois et 65 % du PIB (70 % du PIB à l’échelle mondiale). Elles portent une vision de long terme, investissent dans les territoires, préservent les savoir-faire. Dans un contexte marqué par le vieillissement des dirigeants, la question de leur transmission est stratégique.

En résumé :

Cette nouvelle édition révèle un paradoxe saisissant : si la volonté de transmettre reste extrêmement forte, le passage effectif du pouvoir demeure largement inachevé : 87 % des dirigeants ont engagé une démarche de transmission, mais seuls 6 % ont complètement passé le relais.

Cette étude interroge transmetteurs et receveurs pour comprendre l'écart entre la volonté de transmettre et la transmission effective du pouvoir et des responsabilités.

Quelques enseignements clés :

  • La transmission intrafamiliale reste largement plébiscitée pour assurer la pérennité des entreprises.
  • Le lâcher-prise du dirigeant demeure le noeud de la transmission ce qui montre qu'elle est avant tout un processus humain et émotionnel.
  • La transformation, menée par les nouveaux dirigeants familiaux à la reprise, déclenche un nouveau cycle stratégique et est un moyen d’affirmer leur légitimité.
  • La gouvernance et l’accompagnement sont des conditions clés de réussite de la transmission.
  • La transmission, lorsqu’elle est aboutie, est perçue par les transmetteurs et receveurs comme un facteur de développement pour l’entreprise, de pérennité et d’unité familiale

Etat des lieux de la transmission

La transmission intrafamiliale demeure l’horizon naturel d’une large majorité de dirigeants d’entreprises familiales, tous secteurs et toutes tailles confondus, avec une motivation commune : l’avenir de l’entreprise. Elle apparaît toujours comme un levier de transformation, traduit par un nouveau projet entrepreneurial —  une tendance encore plus marquée dans cette édition, portée par l’urgence de s’adapter aux évolutions technologiques et écologiques. Sa mise en œuvre reste néanmoins freinée par un manque de structuration et d’anticipation de ce moment charnière, ainsi que par des craintes émotionnelles qui demeurent centrales.

La transmission intrafamiliale reste la voie privilégiée

Transmetteurs
82 %
82 %
privilégient l'option intrafamiliale
Receveurs
88%
88%
ont l'intention de transmettre à leur tour

Le pacte Dutreil demeure la pierre angulaire de la transmission : il est très largement mobilisé, puisque 85 % des receveurs déclarent l’avoir utilisé.

Concernant les modalités de transmission, la répartition égalitaire des titres entre héritiers reste la logique dominante (67 % des receveurs), même si des réflexions émergent sur une répartition du capital selon l’implication opérationnelle.

La donation-partage est la méthode de transmission privilégiée pour la transmission du capital : 62 % pour les transmetteurs. 

À ma prise de fonctions, mon père nous a transmis le capital à parts égales et je ne me suis pas rendu compte tout de suite de ce que cela voulait dire… Aujourd’hui, nous travaillons avec les actionnaires à une forme de compensation qui tienne compte de mes engagements et responsabilités.

Transmettre pour pérenniser

La volonté de pérenniser l’entreprise familiale et ses valeurs reste la première motivation pour transmettre. Elle s’accompagne d’une logique de transformation :

Et pourtant, le processus de transmission est encore mal structuré 

Plus de la moitié des receveurs interrogés effectueraient au moins un changement dans le processus de transmission s’ils le pouvaient.

Receveurs
57 %
57 %
déclarent que la transmission était prévue mais sans processus structuré ou formalisé

Un décalage persistant entre intention et action  

Le processus de transmission, largement entamé, chemine cependant à plusieurs niveaux — capital, pouvoir, management, valeur — qui n’avancent pas tous au même rythme.

Transmetteurs
87 %
87 %
ont au moins fait une démarche dans la transmission
Transmetteurs
6 %
6 %
sont totalement en retrait du pouvoir et du capital
Transmetteurs
66 ans
66 ans
âge moyen d’un dirigeant au moment de la transmission de son entreprise.
Receveurs
37 ans
37 ans
âge moyen des repreneurs.

La transmission : un processus émotionnel avant tout  

Les enjeux juridiques, fiscaux et financiers ne sont pas négligeables, mais apparaissent moins importants que les enjeux humains et émotionnels.


Le noeud de la transmission : le lâcher-prise du transmetteur sur le pouvoir

Le principal défi de la transmission consiste à aligner l’intention et la transmission effective de l’autorité, du transmetteur vers le receveur. L’étude montre que le lâcher-prise du transmetteur demeure lune étape critique, qu’il s’agisse du pouvoir opérationnel ou décisionnel. Il relève souvent d'une difficulté émotionnelle à se détacher de l’entreprise et à envisager l’après-transmission.

Des transmetteurs restent au pouvoir malgré l'intention de transmettre

La volonté de transmettre ne se traduit pas par un effacement immédiat. Si les transmetteurs estiment avoir engagé un retrait progressif de l’opérationnel, le détachement du pouvoir décisionnel demeure plus complexe.

Cette difficulté à se détacher se traduit dans les modes de gouvernance. Près d’un transmetteur sur deux ayant transmis, ou en cours de transmission, conserve un mandat dans les instances de gouvernance.

La difficulté à se détacher due au manque de préparation de l'après-transmission  

Lorsque les transmetteurs ont un projet d’après-transmission précis et planifié, ils s’attribuent des niveaux de lâcher-prise plus élevés, tant sur le plan décisionnel, qu’opérationnel.

Il m’avait dit : dans 3 ans j’aurai 70 ans, donc je ralentirai… Mais en réalité, après ses 70 ans, il prenait des décisions dans mon dos. Compliqué de le faire changer de posture… Il avait la majorité. Ça a été une période difficile pour lui, je le comprends maintenant : il devenait un peu nu, mais je n’en avais pas du tout conscience.

Les receveurs familiaux : la transformation comme source de légitimité

Les receveurs familiaux apparaissent comme des dirigeants particulièrement sensibles à la question de leur légitimité, malgré un parcours souvent nourri d’expériences professionnelles solides et d’une connaissance approfondie de l’entreprise familiale. Leur ambition est double : préserver ce qui fonde l’identité de l’entreprise tout en ouvrant un nouveau cycle de transformation et de développement, source de création de valeur économique, sociale et sociétale.

Des receveurs préparés, une légitimité à conquérir

Dans 64 % des cas, les repreneurs étaient plusieurs à la reprise de l’entreprise. Ils doivent prendre leur place de dirigeant auprès de la famille, des équipes et de l'écosystème. 

Receveurs
65 %
65 %
craignent de ne pas être à la hauteur.

Profil des receveurs :
80 % sont diplômés d'un Bac+5 ou équivalent.
50 % disposent de plus de 10 ans d'expérience professionnelle.
75 % ont acquis une expérience hors de l'entreprise familiale avant d'en prendre la direction.

La transformation comme déclencheur d'un nouveau cycle stratégique et moyen d'affirmer sa légitimité  

La phase de transmission marque l’ouverture d’un nouveau chapitre entrepreneurial. 

Receveurs
67 %
67 %
considèrent que leur projet stratégique diffère de celui du transmetteur.

Je me rends compte aujourd’hui à quel point je n’avais pas conscience de tout ce qui se passerait, de tout ce que mon père a vécu, fondé, transmis. Je me sentais prêt techniquement, et je pensais l’être émotionnellement, mais j’étais très loin de la réalité.
Ma légitimité, je l’ai obtenue quand j’ai entendu mon père dire en comex : « c’est ma fille X qui a créé la marque ».
J’ai récupéré un outil de travail avec beaucoup de poésie mais pas beaucoup de structure. J’ai pu mener la transformation digitale et rationaliser le comité exécutif.

Gouvernance et accompagnement : les conditions d'une transformation réussie

Les freins à la transmission sont principalement humains et émotionnels, centrés sur la difficulté du transmetteur à lâcher prise. Or la transformation enclenchée par le receveur — à condition qu'il ait la place pour l'opérer — a un impact positif pour l'entreprise. Dans ce contexte, la mise en place d'une gouvernance duale (entreprise et familiale) est une condition de succès. La gouvernance familiale permet de réguler les facteurs humains et émotionnels ; la gouvernance d'entreprise, lorsqu'elle est structurée et professionnalisée, exerce un contre-pouvoir bénéfique pour accompagner les décisions stratégiques nécessaires à la transformation.

Une réalité différente autour de la gouvernance d'entreprise

Au moment de la transmission, une gouvernance d'entreprise existait pour : 

82 %
82 %
des transmetteurs
58 %
58 %
des receveurs

La gouvernance familiale, une utilité reconnue mais peu mise en place  


Une deuxième édition résolument optimiste 

Un double enseignement : la transmission demeure un processus exigeant, souvent insuffisamment préparé et dominé par les enjeux émotionnels. Mais lorsque l'anticipation, la gouvernance, l'accompagnement humain et le transfert réel de l'autorité sont réunis, elle devient un puissant facteur de développement pour l'entreprise, de pérennité et d'unité familiale.

Baromètre de la transmission des entreprises familiales

Ce qu'il faut retenir

La transmission des entreprises familiales demeure un enjeu stratégique pour la pérennité du tissu économique français.

Si 87 % des dirigeants ont engagé une démarche de transmission, seuls 6 % se déclarent totalement en retrait du pouvoir et du capital, révélant que le véritable défi réside dans le lâcher-prise du transmetteur.

L’étude montre également que les receveurs, loin d’être de simples héritiers, portent de véritables projets de transformation, favorisant innovation, digitalisation, gouvernance et croissance.

Enfin, la réussite du passage de relais repose sur trois conditions clés : l’anticipation, une gouvernance familiale et d’entreprise structurée, et un accompagnement humain capable de répondre aux enjeux émotionnels qui demeurent au cœur de la transmission.

 

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